Christian  GAUGLER

 

 

 

PROMENADE AU PAYS

 

 

DE

 

ALVIN HOERTELI

 

 

    Août 2008

 

Ce matin-là, un dix-sept mai comme un autre, Alvin Hoerteli, douanier de son métier depuis seulement trois ans, est de très mauvaise humeur. Pourtant son statut de fonctionnaire devrait contribuer à le rassurer sur son avenir puisque, sauf faute grave, sa carrière va se dérouler sans anicroches jusqu’à atteindre le sommet de l’échelle des salaires à laquelle il est rattaché.

Il a d’autant moins de raisons d’être de mauvaise humeur qu’il est suisse, ressortissant suisse. Or tout un chacun sait qu’être habitant suisse équivaut à avoir non seulement un accent bien sympathique mais également le fameux passeport du pays du bonheur. L’Europe toute entière jalouse ce petit pays si charmant, si chantant, dans lequel les magots de son élite dorment au chaud dans les coffres des banques tout en rapportant des dividendes substantiels.

Pourquoi donc Alvin Hoerteli est-il de mauvaise humeur ce matin du dix-sept mai deux mille huit ? Lui-même ne le sait pas vraiment. Seul, Dieu aurait pu le savoir mais son attaché de presse refuse de répondre à nos questions.

L’auteur va donc se risquer à émettre quelques suppositions qui ne sont que des suppositions et, de surcroît, hypothétiques :

·        Alvin, je l’appelle maintenant par son prénom car il m’est devenu subitement sympathique, ce grand garçon, Alvin donc, a mal dormi ;

·        Alvin doit travailler ce samedi alors qu’il avait prévu d’aller faire une promenade autour du Bodensee ;

·        sa charmante petite femme a refusé de lui préparer son musli sous le prétexte plus que futile qu’il avait oublié de lui souhaiter son anniversaire la veille ;

·        plus grave, elle a rejeté ses avances pour la même raison alors qu’il voulait se racheter ;

·        il vient de se rendre compte que même en Suisse l’essence est de plus en plus chère ;

·        notre petit douanier n’a pas eu l’avancement auquel il pouvait prétendre ;

·        son supérieur hiérarchique est une femme ;

·        le franc suisse se dévalue trop rapidement par rapport à l’euro ;

·        Monsieur Hoerteli n’a pas apprécié que son banquier soit plus attentionné à l’égard d’un client français très bien habillé qu’à lui, fonctionnaire helvétique de père en fils ;

·        c’est bientôt la pleine lune ;

·        Alvin s’est coupé en se rasant ;

·        Alvin n’a pas réussi à finir sa grille de sudoku au poste de douane la veille ;

·        La veille, une grosse limousine immatriculée dans la confédération helvétique lui a roulé sur le pied alors que, par mégarde, il voulait effectuer un contrôle de routine ;

·        il est déçu qu’aucun film suisse ne figure dans la sélection du festival de Cannes ;

·        ou tout simplement parce qu’il est douanier.

 

Ce matin-là, un dix-sept mai comme bien d’autres, dans une charmante bourgade de Lorraine et plus précisément de Moselle et encore plus précisément du canton de Phalsbourg, une vingtaine de personnes gravissent les quelques marches d’un bus de tourisme. Il est très tôt. Plus de deux heures avant le lever du soleil. Ce groupe de personnes s’apprête à partir en excursion chez les voisins allemands et plus précisément dans le Bade Wurtemberg et encore plus précisément sur une île du Bodensee peut-être mieux connu par certains sous le nom de lac de Konstanz.

 

Parmi ces personnes figurent peut-être quelques-unes qui sont de mauvaise humeur mais la majorité d’entre elles est de très bonne humeur pour diverses raisons dont je vais énumérer les principales :

·        nous sommes le dix-sept mai,

·        ces personnes sont ravies de se retrouver ensemble,

·        elles sont toutes très matinales,

·        elles n’ont pas besoin de travailler aujourd’hui,

·        les météorologues annoncent du mauvais temps pour toute la journée,

·        le repas en Allemagne s’annonce excellent avec boisson et pain à volonté (ce ne fut pas le cas mais à ce moment précis elles ne le savent pas encore),

·        aucune d’entre elles n’est douanier,

 

Ce dix-sept mai comme les autres il ne se serait certainement rien passé d’extraordinaire si le hasard, appelons-le comme ça, n’avait voulu que la promenade de nos touristes ne les mène jusqu’à un poste de douane helvétique qui n’a rien d’extraordinaire mais qui, ce dix-sept mai pas comme un autre, est tenu par un certain Alvin Hoerteli.

 

Que font donc nos touristes insouciants à la frontière de cette charmante confédération alpestre ?

 

Ils se rendent, comme le programme de la journée le stipule, aux chutes du Rhin à Schaffhausen, programme qui, je le fais remarquer, est fixé depuis longtemps.

 

 

 

 

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