pour sourire

 

Voilà ! Je suis alsacienne depuis quelques semaines. J’habite maintenant un petit village tout près de Marckolsheim. En fait, je suis lorraine de naissance mais comme Christian est venu s’installer ici je l’ai accompagné, bien évidemment. Cela fait si longtemps que nous vivons ensemble.

Ah ! j’ai oublié de me présenter : je m’appelle… et puis non ! je vous le dirai tout à l’heure car j’ai un nom dont il faudra que je vous explique l’origine.

Quel âge j’ai ?

Mais dites donc c’est impoli de demander son âge à une dame. Tout ce que je peux vous dire c’est que j’ai suffisamment vécu pour être grand-mère, voilà !

Si je me plais en Alsace ?

Pour l’instant je vais vous dire oui puisque je suis avec Christian. C’est vrai qu’au début cela fait tout drôle de se retrouver dans une maison qu’on ne connaît pas mais je sais m’adapter très vite, même si, au début, on cherche certaines choses qui, bien évidemment, ne sont plus à la même place. Et puis, c’est marrant, je découvre ou redécouvre des objets dont j’ignorais l’existence ou que j’avais oublié.

Quelles sont mes occupations ?

Oh mais ! les mêmes qu’en Lorraine, voyons !

Et Christian, que fait-il toute la journée ?

Vous commencez à être vraiment indiscret ! Demandez-le lui donc directement ! Bon entre nous, mais approchez-vous un peu je ne veux pas parler trop fort, on ne sait jamais, il a beaucoup de travail. Tous ces classements et rangements prennent un temps fou, on n’a pas l’impression d’avancer très vite.

Ce qui me manquera un peu au début, c’est la salle de classe. J’aimais bien y aller avec Christian. Le matin on corrigeait les cahiers ensemble, il lui arrivait de me montrer des cahiers qui étaient très bien tenus mais aussi parfois des autres, moins beaux. Il préparait aussi les exercices pour la journée à l’ordinateur et faisaient les photocopies. Bon qu’est-ce que vous voulez, il est en retraite, il est en retraite !

A Artolsheim, c’est comme ça que le village s’appelle, il aime toujours bricoler à la cuisine. Il l’a aménagée lui-même, c’est pas mal ! Il prépare sa sauce tomate pour l’hiver, il fait des tartes, il essaie des desserts pour faire concurrence à Luce, je crois.

Ah ! j’allais oublier de dire que quand il est à la cuisine il écoute la radio. C’est une drôle de station : il y a pas mal de chansons en allemand. Bon, à la longue on s’y fait !

Au fond de la propriété il y a une dépendance. Il y a un drôle de foutoir là-dedans on a du mal à y être à deux. Il dit toujours qu’il range mais je ne vois pas tellement les progrès. Je vais arrêter de critiquer sinon il va me demander de le faire.

En ce moment il ramène plein de choses du grenier de Zilling, c’est le nom du village où nous habitions en Lorraine. Ca fait bizarre de revoir des choses que j’ai connues il y a longtemps quand j’allais encore m’amuser dans ce grenier. Vers la fin je n’y montais presque plus, à cause des escaliers qui étaient toujours encombrés et aussi parce qu’en été il y faisait une chaleur suffocante.

Ici il n’y a pas de grenier et la cave est toute petite.

Si je me suis fait des amis ? Amis est un bien grand mot, je dirais plutôt camarades ou copains. A mon âge, je n’ai plus envie de me lier d’amitié avec quelqu’un. Et puis ici, dans le quartier on m’a regardée un peu de travers lorsque je suis arrivée, ils disent tous que j’ai un drôle d’accent, ils n’ont jamais entendu le leur, pardi !

Entre eux ils jactent en alsacien, ce n’est pas très poli à mon égard, mais je comprends ce qu’ils disent, seulement je ne le leur ai pas dit, exprès.

Quand je suis dehors, certains viennent me voir, on ne discute pas beaucoup mais on aime bien rester là à se regarder ou même à faire la sieste, ça occupe.

Et puis, pourquoi je vous raconte tout ça ?

Oui, je sais, c’est très rare que je m’exprime de la sorte, je suis plutôt quelqu’un de réservé même renfermé mais par contre j’aime observer et écouter les gens c’est passionnant et amusant. Je ne devrais par le dire car j’ai un certain devoir de réserve à respecter mais je pense que Christian est un peu comme moi.

Et il y a quelque chose de marrant c’est que…

Et puis non, je ne vous le dirai pas ! Comment ça vous intéresse ? Oui mais je vous connais, vous irez le lui répéter ! Non ? Oh ! Et puis vous ferez ce que vous voudrez ! Voilà ! Certains jours, il passe son temps à m’observer, moi. Au début ça m’embêtais mais maintenant j’ai retourné la situation : c’est moi qui l’observe quand il m’observe et je crois qu’il ne l’a pas encore remarqué et ça m’amuse beaucoup.

Alors, voilà, je vous l’avais promis : mon nom c’est Bizuth.

Pourquoi riez-vous ?

Bizuth pour un chat ce n’est pas plus idiot que Mistigri ou Noiraud !

Pourquoi Bizuth ?

Parce que je suis un « ersatz » de frère, c’est tout !

Ah ! mais vous devenez pénible avec vos « et comment ? », « et pourquoi ? », « et ceci ? », « et cela ? » !

Christian a deux enfants. Lorsque Christophe, l’aîné est allé à Strasbourg faire ses études de médecine…

Comment ça, médecine... bizuth..., vous commencez à comprendre ?

Oui mais maintenant j’ai commencé alors je finis ! Je disais donc que lorsque Christophe, l’aîné est allé à Strasbourg faire ses études de médecine sa sœur, de huit ans sa cadette, voulait un animal de compagnie pour remplacer un peu son frère qui serait absent toute la semaine. Anne-Cécile voulait donc un « ersatz » de frère. Christian refusa que ce soit un chien et finit par accepter un chat. Ce fut moi !

Lorsque j’arrivai dans la famille, Christophe, en première année de médecine donc, était en pleine période de bizutage. C’est ce qui donna l’idée à Anne-Cécile de m’appeler Bizuth.

Mais si ! je suis une dame ! Je peux vous montrer mon carnet de santé ! J'ai même eu des enfants ! Une fois. Après, on m'a opérée...

Moi ce nom ne me gêne pas !

J’ai toujours été une originale !

 

 

lire les textes suivants :

 

H

SUITE

 

 

revenir au texte précedent :

 

H

REVENIR

 

 

quitter les plages à lire :

 

H

QUITTER

 

retour en haut de la page   ñ