Horoscope

 

 

Encore une nouvelle un peu spéciale née pendant une balade à vélo dans les alentours d’Artolsheim.

 

Bonne lecture !

 

 

 

Horoscope

 

 

Léa termine sa séance de footing en traversant le parc Sadi Carnot. Il n’y a personne ce matin dans le parc hormis, comme toujours, cette petite vieille, assise sur le premier banc à l’entrée sud, occupée à nourrir quelques pigeons et que Léa salue à chaque fois mais qui ne lui rend son salut qu’une fois sur trois, trop occupée à émietter le plus lentement possible son morceau de pain pour que ses compagnons ailés ne s’en aillent pas trop rapidement. Ce matin, exceptionnellement, Léa a été gratifiée d’un « Bonjour mademoiselle ! » très sympathique.

 

« Mademoiselle » à bientôt quarante ans ça fait bizarre. Mais Léa ne fait pas son âge. C’est d’ailleurs ce que tout le monde lui dit. Les flatteurs courent les rues mais ne s’arrêtent pas dans sa vie. Léa aimerait bien qu’un jour... Ça fait cinq ans qu’elle est seule ou presque, en tout cas rien de bien sérieux…

 

Léa passe, juste avant la sortie du parc côté nord, devant un banc sur lequel est posé un couffin. Prise dans ses pensées elle a failli ne pas le remarquer. Cette découverte la fait revenir les pieds sur terre. Elle s’en approche et constate qu’il n’est pas vide. Un petit bébé de quelques jours à peine y dort tranquillement. « Mais où est la mère ? » se demande-t-elle. Elle a beau regarder tout autour d’elle dans le parc celui-ci est vide.

 

Un peu prise au dépourvu, Léa s’assied sur le banc près du couffin. Elle en profite pour faire quelques étirements qui lui éviteront les courbatures. « Que faire de cette trouvaille ? » Son horoscope, ce matin, indiquait qu’elle allait faire une rencontre qui allait bouleverser sa vie. Léa n’imaginait pas un seul instant que cette « rencontre » n’aurait que quelques jours. Elle qui n’avait pas pu avoir d’enfant avec son mari qui l’avait quittée entre autre pour cette raison se retrouvait aujourd’hui, sur ce banc, avec un bébé de quelques jours dont elle ne savait que faire.

 

« Le commissariat de police est à quelques centaines de mètres de là, je vais y apporter le couffin, se dit-elle enfin, ils se débrouilleront avec ! »

 

Léa empoigne les deux anses en s’efforçant de maintenir le couffin à l’horizontal, elle n’a pas du tout l’habitude, et se dirige vers le commissariat.

 

« Mon Dieu ! C’est le bébé ! » s’exclame-t-elle soudain.

 

Elle s’arrête brusquement, fait demi-tour et vient reposer le couffin sur le banc.

 

Elle vient de se rappeler qu’il y a deux ou trois jours on avait signalé dans les médias la disparition d’un bébé, kidnappé dans une maternité de la ville, trois heures après sa naissance.

 

« C’est lui ! Je viens de le retrouver ! » pense-t-elle.

 

Aussitôt elle est envahie par une crainte : en amenant l’enfant au commissariat, ne risque-t-elle pas d’être prise pour la ravisseuse dont le portrait robot a circulé  (femme d’une quarantaine d’années, sportive, de taille moyenne, cheveux blonds très courts). Elle l’a aperçu un peu partout en ville et elle trouve qu’elle y ressemble surtout à cause des cheveux. Les journalistes dans les reportages ont précisé que c’est certainement une femme en mal d’enfant qui a agi ainsi. Une enquête un peu bâclée la transformerait automatiquement en coupable.

 

« La vieille et ses pigeons ! hurle-t-elle presque. Elle m’a vue passer tout à l’heure sans couffin ! Elle pourra témoigner ! »

 

Léa abandonne le bébé et s’élance vers l’autre sortie du parc…

 

« Elle n’est plus là ! » s’écrie-t-elle, prise de panique en apercevant de loin, quelques instants plus tard, le banc vide. Forçant l’allure, elle arrive jusqu’à celui-ci mais il n’y a plus personne dans les environs. Alors, complètement désemparée, elle se laisse choir sur le banc se prenant la tête entre les mains : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »

 

« Mais c’est simple ! Je rentre tout simplement chez moi ! » s’entend-elle répondre.

 

Elle n’est plus à côté du couffin, il suffit qu’elle se lève et s’éloigne. Il n’y a personne dans le parc ce matin, il est encore tôt. Personne ne l’a vue sauf…

 

« Cette vieille chouette ! » hurle-t-elle à nouveau.

 

Si elle disparaît, la petite vieille donnera son signalement aux enquêteurs lorsque le couffin sera retrouvé : « Bonjour mademoiselle ! » lui a-t-elle lancé il y a moins d’une heure.

 

Mais si on la retrouve avec l’enfant…

 

 

 

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